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Un écrivain au CDI 2008 - Niveau collège Concours d'écriture Jean-Philippe Arrou-Vignod Troisième prix : Lauren Calligrafi Chapitre 1 Sous les filaos, il fait frais. A travers leurs aiguilles, le soleil éblouit faiblement nos visages, et les martins fredonnent un air gai. Sous ce cadre paradisiaque, nous n’avons vraiment pas envie de partir. -S' il te plaît, P.P., laisse nous au moins le temps d’une baignade! rétorque Mathilde. Puis elle se lève et me lance un sourire qui m’écoeure un peu. Elle s’est avancée près de mon transat. Bientôt, ses ongles me griffent le poignet et m’emportent vers le lagon. Puis elle m’éclabousse les jambes. L’eau est transparente et me rafraîchit le corps. Je fais quelques légers mouvements de crawl, mais je me rassois vite sur le sable brûlant. -Tu me déçois, ma chère Mathilde, lance P.P. de loin; je te prends de haut, hélas j’en conclus que tu préfères voir nager un cachet d’aspirine dans un bassin de 50 cm de profondeur et d' où l’eau ruisselle sur le torse bombé, que te plonger dans la résolution impénétrable d’un mystère palpitant... Il n'a pas le temps de faire un pas qu’un vieux corail lui écorche le pied: et il se met à gémir comme un cochon, ce qui amuse beaucoup Mathilde. Chapitre 2 Plus tard, nous sommes rentrés chez notre correspondant, Fabien. Il plait beaucoup à Mathilde: à chaque fois qu’ils se croisent, elle rougit jusqu' aux oreilles... elle bégaie même. Puis P.P. commence à nous exposer sa trouvaille (à l' abri des regards indiscrets): -Regardez cette carte. Elle date sûrement du 19e siècle! Et, en observant de plus près, apparaissent des traces de sang! Elles forment un message codé, mais... je ne parviens pas à en trouver la signification (...) Après de longues heures de recherches désespérées, Mathilde nous fait sursauter: - Ca y est! S’esclaffe-t-elle avant de s’étrangler. Le message est écrit en morse; et on peut lire... - Et on peut lire " mardi à 24h cimetière marin avec faux billets " mais suis-je bête! Se risque-t-il en la coupant brusquement, pourquoi donc n’y ai-je pas pensé plus tôt, moi, Pierre Paul Louis de Culbert? De la fausse monnaie! - Et quel rapport avec le sang? Proposai-je. - Mystère et boules de chewing-gum, décrète-t-il avant de se goinfrer de caramels. A part le machouillis régulier de P.P. Cul-Vert, nous plongeons dans un silence de mort. Chapitre 3 -Il faut qu’on aille à ce rendez-vous et découvrir les dessous de l’affaire! argumente P.P. Il y eut un moment de réflexion, puis: -Quoi que tu fasses P.P., on ira avec toi, décrète Mathilde avec volonté. Mais déjà la mère de Fabien nous invite à dîner. Nous descendons quatre à quatre les escaliers démantibulés de la case et nous nous asseyons, Mathilde évidement à côté du délicieux Fabien. Le repas est copieux, et après s’être complètement rassasiés, nous montons dans la chambre de P.P. -Nous partirons à 23h, articule-t-il en se léchant ses doigts pleins de crème. A l’heure dite, nous enfourchons nos VTT que notre correspondant nous a prêtés avec amabilité, et déjà nous dévalons une pente raide. Le vent fouette nos douloureux coups de soleil sur le visage. Quelques minutes plus tard, une pancarte en vieux bois se dresse devant nous en penchant péniblement vers le bas. Elle se munie également de clous rouillés par l’air humide et salé. Dessus est écrit: "Cimetière marin de St Paul" -Ca y est, bredouille P.P. -Séparons-nous, suggère Mathilde, en pointant un coin sinistre du cimetière. Cet endroit sent le cadavre à plein nez et les tombes se couchent sous nos pieds moites. Tout à coup, un frisson de solitude me parcoure l’échine et je sens l’angoisse m' envahir et me broyer les côtes. Mais je n’ai pas peur. Devant, Mathide avance prudemment. Soudain, P.P. Cul-Vert, la carte à la main, hurle un son effroyable que l’écho du cimetière nous renvoie violemment. Il a un problème! Comme un pressentiment, Mathilde et moi nous regardons de travers, puis, sans la moindre réflexion, nous courons à toutes jambes le secourir. Il ne nous faut pas longtemps pour découvrir la raison du problème. -Ce n’est qu’une petite araignée, soufflai-je avec peine. -Petite, petite, rétorque-il, couvert de honte. Puis nous reprenons nos recherches. Notre cause est désespérée. La nuit est noire comme de la suie. Elle est impénétrable, et, lorsque nous allons abandonner, deux ombres nous encerclent soudain, puis se dispersent derrière les tombes de pierre. Nous fonçons alors les yeux rivés sur nos ravisseurs. -J' en tiens un! lance Mathilde. -Moi aussi, lui criai-je. Je les lace alors triomphalement à l' aide d' une corde de marine tandis que P.P. se tente à trouver sa lampe torche à l'intérieur de son sac de provision. Quand il l’eût empochée, il la dirige brutalement vers les yeux éblouis de nos faux monnayeurs. -Qui êtes-vous? Que faites-vous ici à cette heure si tardive? Où cachez-vous la fausse monnaie? Pourquoi ces traces de sang? P.P. balance toutes sortes de questions et les menace brillamment. -Nous vous livrerons à la police si vos réponses ne sont pas abouties! -Tu vas répondre? dis-je d’une voie rauque pour pimenter le fait. Je tiens l’un d’eux par la chemise d' un poing serré, quand une voix familière m' arrête sec: -Stop! Arrêtez tout: c’est Fabien! Chapitre 4 -Mais comment est-ce possible ? Balbutie P.P. Cul-Vert. En effet, à la clarté subtile de la lune, on distingue légèrement deux mines de déterrés me souriant et riant aux éclats. On y découvre Fabien et son frère, se ressemblant comme deux gouttes d’eau. -Comment vous êtes arrivés là? Demandai-je, ce message, ces apparitions? -Et cette fausse monnaie?! Interroge P.P. Ils rient une nouvelle fois, puis se décident à s’aventurer dans le sujet: -Lors de votre venue, commence Fabien, Pierre Paul nous a fait par de vos palpitantes aventures (ce qui a noué votre amitié plus encore au fil du temps) et connaissant la soif de P.P. pour les énigmes et le mystère, ses mails et ses cartes nous ont inspirés; nous avons alors étudié tout d' abord, puis élaboré un plan si finement simple qu' il vous est difficile de nous soupçonner... -Y peut pas se taire, celui-là? marmonna Mathilde, retenant une bouffée de colère. P.P. baisse la tête, plein de honte. -Et ensuite? Dis-je en commençant à m’impatienter. -Sachant que P.P. déniche toujours de petits objets paraissant suspects, nous avons pensé à une sorte de carte... et par déduction, nous avons conclu de la placer à l’intérieur d’une poubelle de la plage, étant donné la gourmandise de ce chère Pierre-Paul... -Pour résumer; vous vous êtes servis de la crédulité et des traits de caractère de ce gros binoclard pour nous faire... une "blague" ?! S’emporte Mathilde qui ne peut contenir son calme et sa persévérance légendaires. -Oui, dirent-ils en cœur, c' est à peu près ça. -Et les traces de sang? demande P.P. avant d’enfourner un sandwich au lard et à la salade. -De la cire de Babybel, pour pimenter l’effet de crime. -Montrez-nous un peu vos billets, qu’on rigole, dis-je alors d’un air brillant. Ils me font un petit sourire en coin, puis retirent de leurs pleines poches des liasses de billet de Monopoly. "Quelle imagination débordante", pensai-je. Chapitre 5 De retour chez eux, nous avons juste eu le temps d’enfiler un léger pull que Fabien fait réchauffer le plat traditionnel pour fêter ça: un bon rougail morue... -Mangez tant que c’est encore bouillant, propose-t-il. P.P., lui, déguste avec patience ce met "exotique" - Hmm... Délichieux... Chuculant. -Je... n’ai pas très faim, merci, bredouillai-je. Mathilde, elle, regarde Fabien avec rage et ne parvient toujours pas à avaler l’habileté de leur plan. Et lui déglutit, saisit par le regard de braise qu’elle lui attribue. On aurait pu penser qu’on lui portait un couteau au cœur. Lorsque le rougail fût terminé, je dois par politesse, me garnir l’estomac d' une barre de Mars (ce qui n’est pas bien difficile à accepter). Puis nous allons nous coucher sans peine. - Demain, P.P., je vais me baigner! Lui adressa Mathilde, qui me fait un clin d' œil. Et nous nous promettons que plus jamais nous ne nous embarquerons dans une énigme quelconque pour la durée complète de notre séjour à la Réunion.
Fin Texte de Lauren Calligrafi
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