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Un écrivain au CDI 2008 - Niveau Lycée Concours de nouvelles - Annie Saumont Premier prix : Maxime Guillerminet , Lycée de la Possession
Et vous ? Qui êtes vous ? Je m’appelle Gilles, j’ai 45 ans, je suis chauffeur de bus. Je me suis arrêté près de la cité, un jeune est entré et il n’a pas payé. Je n’ai rien dit car j’ai quelques appréhensions avec les personnes qui vivent ici. Je m’appelle Charles, j’ai 15 ans, je suis tout ce qu’il y a de plus Français. Ce matin j’ai pris la ligne 4 et en face de moi il y avait un mec qui me fixait, je lui ai craché pile sur le front puis il a essayé de m’agresser. Je m’appelle Ismaël, j’ai 23 ans, j’ai des origines arabes mais je suis né sur le sol français ainsi que mes parents. Aujourd’hui je rêvassais dans le bus, puis quelqu’un m’a craché au visage, surpris, je me suis levé brutalement pour demander des explications, un flic m’a stoppé et dit : « Calmez-vous monsieur …Vous êtes de quelle nationalité ?». Je m’appelle Franck, 35 ans, je suis flic, je ne cesse pas d’arrêter de nombreuses personnes en ce moment, j’ai une dent contre les Arabes, d’ailleurs pas plus tard que tout à l’heure j’en ai attrapé un. Je m’appelle Lucien, j’ai 37 ans, je suis avocat. Depuis deux années je n’ai plus gagné un seul procès, même celui d’hier où un jeune adulte est encore parti en cabane. Je m’appelle Jacques, je me fais vieux maintenant, je suis juge. Je ne sais plus où donner de la tête. Qui dois-je condamner ? Qui est innocent ? Coupable ?... «La séance est levée. Monsieur Ismaël, 6 mois de prison ferme ! ». Je m’appelle Frédéric, je ne sais plus quel âge j’ai. Cela fait presque 8 ans je crois que je suis en prison. J’ai eu un nouveau camarade dans ma cellule, comme cela fait longtemps que je suis en abstinence, j’ai essayé de toucher un peu mon compagnon mais il ne voulait pas. Ca s’est passé très vite… Quelques minutes après il était là, mort ! Je crois bien que je resterai ici encore un bout de temps. Je m’appelle Fabienne, j’ai 26 ans, je suis présentatrice au journal de 20 h, c’est juste un petit job que j’ai pu avoir grâce à quelques relations, juste le temps de trouver ce que j’ai vraiment envie de faire. Je ne fais que lire le prompteur, je n’essaye plus de comprendre ce que je dis « Encore un meurtre dans la prison H, un homme a été retrouvé roué de coups. En direct notre Ministre qui va parler de la surpopulation carcérale… ». Je m’appelle Antoinette, j’ai 82 ans, j’occupe mes journées à regarder la télé, parfois mon fils Franck vient me rendre visite. Dernièrement je lui ai dit qu’un Arabe m’avait volé mon sac et m’avait agressée mais je ne sais plus si c’était la vérité ou un film. Je deviens très vieille… Je m’appelle Agnès, j’ai 51 ans, je suis la concierge de cet immeuble. Je discutais encore avec la centenaire du numéro 69, je crois qu’elle commence à avoir la maladie d’Alzheimer. Je m’appelle Catherine, j’ai 32 ans, j’habite au 2ème étage, je commence à en avoir assez de supporter cette concierge et ses ragots dès que je sors du boulot pour rentrer chez moi. Mon mari n’est qu’un bon à rien, je pensais avoir fait quelque chose de bien en épousant un avocat mais je me suis trompée, il ramène moins d’argent que moi qui gagne mille et quelque par mois, il va bientôt perdre son job. Heureusement que j’ai pris mes précautions, je me suis trouvé un amant et ce soir je lui dis que j’ai décidé de tout quitter pour lui. Je recommencerai enfin une nouvelle vie, avec lui… Encore une heure avant qu’il n’arrive, je suis impatiente. Je m’ appelle Jérôme, j’ai 38 ans, je suis un coureur de jupon. Ce que je préfère avec les femmes mariées c’est que ce ne sera jamais des relations durables, j’en retrouve une dans 60 mn, pressons-nous. Je m’appelle Géraldine, j’ai 37 ans, j’ai raté ma carrière, mon mari me trompe avec je ne sais combien de femmes, sûrement parce que je suis laide, je n’ai pas encore d’enfant à mon âge, la seule chose que j’ai envie de faire c’est d’en finir. Je m’appelle Christophe, 19 ans, j’ai vu quelqu'un sauter d’un pont en fin de journée, je n’ai presque rien ressenti. Je me suis juste dit que si elle avait essayé la drogue, elle n’en serait pas arrivée là. Moi, j’en prends pour m’évader, pour oublier mes problèmes, je perds un peu le fil de la réalité mais ce n’est pas grave, je me sens mieux. Je m’appelle Henri, j’ai 43 ans, j’ai deux enfants et je les bats. Je les aime mais je ne sais pas pourquoi la moindre chose qu’ils font de travers m’exaspère et je lève la main sur eux. Parfois ils le méritent, entre le plus grand qui se drogue et le plus petit qui ramène de sales notes. Je m’appelle Adrien, j’ai 9 ans, mon père me frappe dès qu’il boit un peu trop. J’ai sans cesse peur de lui et je n’arrive pas à me concentrer dans mon travail pour l’école. Je m’appelle Cynthia, j’ai 26 ans, je suis dans une mauvaise situation et j’attends un enfant que je n’ai pas voulu, ça fait deux mois. Maintenant j’ai envie de le garder, je ferai tout pour qu’il grandisse bien, en tout cas mieux que mon voisin qui frappe son gosse. Je m’appelle Yohann, j’ai 23 ans, je suis en cavale depuis 8 semaines parce que j’ai violé une femme. Je m’appelle Camille, j’ai bientôt 18 ans. Je ne veux plus jamais conduire de toute ma vie. Il y a deux jours avec des amis on sortait de discothèque et on était tous un peu saouls… Je l’étais moins que les autres, j’ai donc pris le volant. J’ai eu un accident de voiture. Je m’appelle Jean, j’ai 47 ans, je suis ambulancier. J’ai encore ramassé quelqu’un sur la route. La majeure partie des personnes que je ramène sont des piétons. Je m’appelle Fabien, j’ai 31 ans, je suis médecin dans les hôpitaux, je suis plutôt dans l’urgence. On m’a encore appelé en pleine nuit pour me prévenir qu’un homme avait eu un accident et que je devais venir immédiatement. Je n’ai rien pu faire, l’inconnu est mort, apparemment il était recherché pour avoir violé une femme. Mais ce n’est pas le problème, c’est juste que je n’ai pas pu le sauver… Je m’appelle Marceline, j’ai 25 ans, j’admire notre médecin urgentiste, il est toujours là pour ces parfaits inconnus. Pour moi non plus ça n’est pas toujours très facile, c’est dur de voir la souffrance de certains patients. Comment je m’appelle ? Je ne m’appelle plus, les autres non plus. Mon âge ? A quoi cela vous servirait ? Je n’attends plus rien de la vie. J’aimerais pourtant y croire encore. Mais je ne peux pas vous le faire comprendre. Cela se voit peut être quand quelques gouttes perlent sur mon visage… enfin si quelqu’un est là pour les voir. Je ne ressens plus rien à force. J’entrevois le vent qui plie ces arbres, moi il m’ignore. Je ne l’entends même pas, mes oreilles ne perçoivent que le son monotone du silence. Une mouche est morte contre la vitre, je la vois à peine. J’aimerais qu’on m’enterre, que cela cesse. Juste mon corps dans un cercueil, ce serait comme si j’étais mort, comme cette petite mouche... Pour ça je devrai encore attendre plus d’un demi siècle car je suis un homme, un jeune homme tétraplégique. Ce qui me permet de tenir c’est cette gentille infirmière, belle comme un ange et ces histoires que je m’invente pour me dire qu’il y en a d’autres qui souffrent autant que moi… Texte de Maxime Guillerminet |
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