Un écrivain au CDI 2008 - Niveau Lycée

Concours de nouvelles - Annie Saumont


Troisième  prix : Alice Bourbon, lycée de Stella St Leu

 

Une autre dimension

             S’allongeant tranquillement sur l’espace conquis, doux et soyeux, respirant la bonne odeur des fleurs des prairies, s’imprégnant de la chaleur de ce temps si gracieux ; il se sentit envahi par une joie intense, éloigné de la réalité, déconnecté du monde….

             Soudain, tout se mit à bouger autour de lui, le secouant dans tous les sens et le sortant de ces purs moments de bonheur. Etourdi, éperdu, il se sentit glisser, glisser…

Des bruits, des mots bizarres, des phrases incompréhensibles, indéchiffrables. Il ouvrit les yeux. Une obscure clarté envahit la pièce pour laisser apparaître dans tout son état l’étendue d’une masse grisonnante et fine. Etait-il passé dans une autre dimension ? Rêvait-il ? Cela dépasserait tous ses cauchemars !

 Pour en savoir plus, il décida de s’aventurer un peu sur cette étendue, si vaste qu’il aurait pu s’y perdre. Rencontrerait-il l’un de ses semblables ? Qui sait ?

Si tôt dit, si tôt fait. Il traversa cette terre moelleuse et blanche comme de la chaux, en scrutant de ses yeux abasourdis les moindres détails. Finalement, il découvrit partout ces mêmes chemins boueux et crasseux qui n’avaient ni queue ni tête, ces mêmes tiges longues aussi fines que du bambou, mais il ne trouva personne. Il se sentit abandonné, désespéré dans ce labyrinthe infernal, à l’affût du moindre bruit, du moindre geste.

 Rongé par la soif et par la faim, il décida de fouiller dans cette terre si molle, à la recherche de racines qui auraient poussé ici par espérance. Mais à peine creusa t-il que la terre trembla sous ses pieds. Que se passait –il ?

Il ne savait pas que le pire était à venir. Une masse sombre et gigantesque se jeta sur lui en le projetant plus loin dans ce dédale infini. Puis plus rien, il s’était évanoui.

 En se réveillant d’un profond sommeil, il fut horrifié de constater qu’il ne rêvait pas. Toujours les mêmes phrases incompréhensibles flottaient au loin, la même odeur, le même sentiment  d’abandon, la faim qui était toujours présente. Elle, la chose n’était pas bien loin, le suivait sans cesse, le guettait, il La sentait.

 Affolé, il se mit à courir dans ce labyrinthe infernal cherchant désespérément une sortie. Essoufflé, il s’arrêta pour reprendre son souffle lorsqu’il entendit des cris. Il leva ses yeux et fut  prit d’une joie intense …un espoir !

Ses semblables couraient vers lui, mais lisant sur leur visage une profonde souffrance, l’affolement, il comprit !

             Une masse nuageuse les pourchassait. Il dut à nouveau courir se mettre à l’abri, le cœur battant, avant que le nuage n’effleure son front dégoulinant de sueur. Quelle était cette odeur si  mystérieuse, si rare, si agréable, le saurait-il un jour ? Oh ! Que cela titillait son subtil odorat ! Il la sentait l’envahir de la tête au pied, cela voulait sans doute dire…

             Après s’être aspergé les cheveux d’une lotion anti-poux, Melissa prit son sac et sortit de sa chambre.

Texte d'Alice Bourbon