Un écrivain au CDI 2008 - Niveau Lycée

Concours de nouvelles - Annie Saumont


Deuxième prix :  Dorian Gloriès , Lycée E. de Parny Saint-Paul

 

www.preux chevalier.com

             « Preux Chevalier, je quémande votre aide pour une noble quête : ma fille a été enlevée par un horrible monstre qui menace de l’occire si je ne lui cède pas mon royaume. Vous êtes mon seul espoir.

                        Le Roi »

C’est désespérant. Sauver une princesse. Encore. Je ne compte plus les monarques qui m’ont appelé à l’aide : « Sauvez ma fille ! », « Vous êtes mon seul espoir ! ». Je passe mon temps à ça : comment font-elles pour se laisser enlever si facilement ? On dirait qu’elles le font exprès. En plus, une fois le contrat achevé, la plupart des pères en profitent pour essayer de me marier avec leur fille. Non-merci, très peu pour moi. J’ai d’autres dragons à fouetter que de m’occuper d’une royale râleuse. Enfin, ça rapporte, c’est le principal.

Allez, le temps d’enfiler une armure, de me vêtir d’un casque et d’un bouclier assortis (ça fait bon effet, mais qu’est ce que c’est lourd et encombrant), de prendre mon épée, mon cheval et je suis parti.

Bon, les monstres, ça vit toujours dans les lieux les plus ténébreux et angoissants, c’est pas dur à trouver. Donc en principe, la quête est rapide, mais comme par hasard, y’a toujours en chemin un ou deux paysans qui vous prennent pour la poire de service, ou alors c’est une sorcière qui n’a rien d’autre à faire que de vous jeter des sorts à la figure. A croire que les preux chevaliers sont destinés à prendre toute la misère du monde sur leurs épaules (ce qui n’est pas faux).  Je parie que ce coup ci, ce sera la sorcière.

« Messire ! Messire ! Aidez-nous ! »

Perdu. C’est les paysans. Allons bon, qu’est-ce qui leur arrive ?

« Messire, c’est terrible ! Notre fils a été enlevé par une sorcière ! »

Ha ! Une sorcière, je le savais bien.

« Sauvez-le ! »

« Ne craignez rien braves gens. Je m’en vais le secourir de ce pas. Où habite-t-elle ? »

« Dans la forêt des Soupirs. »

Ce qu’il ne faut pas faire tout de même. Bon, une autre quête, histoire de perdre du temps. Et c’est pas celle là qui va m’enrichir.

Dans la forêt, ténébreuse et angoissante, ( tiens, je vais peut-être pouvoir faire d’une pierre deux coups) je ne tarde pas à trouver la masure de la sorcière.

C’est une vieille baraque couverte de mousse, aux pierres ébréchées.

Je décide de régler cette affaire sans fioritures : j’enfonce donc la porte et entre avec fracas.

« Hé ben ! Faut pas se gêner ! Non mais !

La sorcière a l’air très indigné.

« On ne vous a jamais appris à frapper avant d’entrer ? Malpoli ! »

« Je heu… Je m’excuse… »

« Y’a intérêt ! Bon, vous allez me réparer tout ce bazar ! »

Il me semble que je suis dépassé par les événements. J’acquiesce.

Une fois la porte réparée, elle me demande ce que je veux :

« Hé bien, récupérer le jeune homme que vous avez enlevé. » 

« Ha pardon ! vous n’y êtes pas. J’avais besoin d’aide pour déplacer mes meubles. Vous croyez que ce crétin serait venu de son plein gré ? Vous, je ne dis pas, mais vous étiez en retard ! D’ailleurs, il a fini. Vous pouvez le prendre.»

La sorcière me remet son « invité » qui, les yeux éperdus de reconnaissance me

promet une poule en récompense… je lève les yeux au ciel, renvoie le bouseux à sa chaumière et m’enfonce plus avant dans la forêt.

J’ai l’impression que cette aventure est bizarre.

Au bout de quelques heures de route, j’arrive enfin en vue d’une sombre grotte. C’est sûrement le territoire du monstre.

 

Au même moment, dans la grotte.

 

J’aurais pas du. C’est la trentième fois que je me le dis. J’aurais pas du.

« Alors ? Il arrive ce dîner ? J’ai faim ! Dépêche-toi ! »

« J’arrive, j’arrive. »

Pourquoi j’ai fait ça ?

« Alors, sale monstre, j’espère que ce sera meilleur cette fois. »

Et c’est moi le monstre, quelle peste cette fille !

« Oui mademoiselle, je vous garantis que ce sera bon. »

J’espère. Oh chevalier ! Viens la délivrer ! Vite ! Je t’en pris !

 

 J’entre dans l’antre. La jeune fille est là.

« Mon héros ! »

Etrange, c’est le monstre, un loup-garou (hé non ! pas de dragon ! ), qui vient de m’apostropher. Bon, je n’ai plus de temps à perdre. Je dégaine mon épée d’argent et m’avance vers lui.

« Hé ! ça va pas ? Moi j’ai rien demandé ! Pourquoi c’est toujours moi ? personne ne m’aime ! »

Et il se met à pleurer. Je comprends de moins en moins bien. Puisqu’il ne se défend pas, je prends la main de la jeune fille et l’emmène dehors.

« Lâchez moi ! Grande brute ! »

Hé ben ? qu’est-ce qu’elle a ? Je la lâche. Mais elle continue de pester.

C’est alors qu’un paysan surgit. Qu’est-ce qu’il me veut ? Son fils a été enlevé ?

« Vous avez sauvé ma fille ! Grâce vous sois rendue ! »

« Oui je ….. »

Une petite minute…

« Je croyais que c’était la fille du Roi ? »

« Heu… »

« Vous seriez pas en train de vous payer ma tête, par hasard ? »

« Mais non ! c’est juste que… on s’est dit que… si vous la sauviez, vous l’épouseriez… et…»

Il sort une poule de son sac.

Je m’en vais d’un pas rageur. Et allez comme si ça suffisait pas de me déranger, on me prend pour un pigeon. Epouser sa fille, ça va pas ? Même le loup-garou, au bord de la crise de nerfs, avait l’air heureux que je l’en débarrasse. Je préfère ne pas la connaître.

Bon, me voilà rentré. Je … Tiens, j’ai du courrier ? Il y a une couronne dessinée sur l’enveloppe…

 Texte de Dorian Gloriès